1919 - 1939 - L'Entre deux Guerres - Le Front Populaire

 

La CGT compte 500 000 adhérents en 1918, 1 200 000 en 1919, et 2 400 000 en 1920. Un fort courant d’adhésions se développe à la C.G.T.. Cette flambée retombera après l’échec des grands mouvements de grève de 1920 qui donneront lieu à des débats très durs sur la tactique des luttes.

1919 - Création de la C.F.T.C. (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens), cela introduit le pluralisme syndical.

1919 - 1920 : Grand mouvement social qui culmine le 19 mai 1919 à Paris où 500 000 manifestants se heurtent à la police, et par les grèves de 1920, sévèrement réprimées par le pouvoir (arrestations des dirigeants de la CGT, révocations de 20 000 cheminots...).

La même année, on limite la journée de travail à 8 heures et la semaine à 48 heures, Une loi est votée sur les conventions collectives mais elle n'aura aucun effet réel avant 1936.

1921 - 1922 - L’attitude de la CGT durant la guerre, la révolution soviétique, la création de l'internationale communiste, l'opposition de courants politiques français "socialiste" et "communiste", divisent profondément la C.G.T.. Les tendances se heurtent avec violence à l'intérieur de la CGT, opposant la direction confédérale ralliée au réformisme, à une minorité révolutionnaire dont l'influence ne cesse de croître. En 1921, scission entre les réformistes ( la société peut être modifiée progressivement ) et les révolutionnaires (la société doit changer brutalement ) qui sont exclus de la CGT, et créent la C.G.T.U (Confédération Générale du Travail Unifié).

La C.G.T.U. s’enferme dans une attitude sectaire et une tendance à la politisation systématique (ex : 3 janvier 1923 : meeting C.G.T.U-PCF contre l'occupation de la Rhur). Elle mène cependant des luttes courageuses malgré une répression féroce (30 avril 1929, à la veille du 1er mai, la police parisienne procède à plus de 4.000 arrestations préventives de militants).

La C.G.T. favorise le compromis au détriment de l’action des salariés. Le climat de division a placé la CGT en face de choix bien souvent résolus par la négative ; Ainsi son réformisme s'accompage, chez bon nombre de ses militants, d'un anticommunisme systématique et sommaire.

En 1930, une loi est votée pour la mise en place des assurances sociales ; deux ans plus tard on entérine un loi sur les allocations familiales.

A partir de 1931, la crise économique qui touche l'Europe, s'accompagne d'une forte pression du patronat contre les conditions de vie des travailleurs, et par un développement du fascisme.

1934 - 1936 - Face au péril fasciste intérieur et extérieur, les deux courants se rapprochent. En 1936, c'est la réunification de la C.G.T. et de la C.G.T.U lors du congrès de Toulouse. Elles avaient participé à l’élaboration du programme du Rassemblement populaire (par la suite Front populaire) qui devait remporter les élections législatives en Mai 1936.

Le Front Populaire :

Face à cette situation de crise, les luttes et les grèves ne cessent de se développer et de s'amplifier, pour culminer en mai-juin 1936 par de fortes grèves accompagnées d'occupation des lieux de travail. Cette vague de grèves gagne rapidement l'ensemble des secteurs, et paralyse complètement l'économie du pays.

Devant la puissance de ce mouvement, le patronat sollicite une réunion avec la CGT, que convoque le gouvernement de Léon Blum les 7 et 8 juin 1936, aboutissant aux "Accords de Matignon".

  • Augmentation importante et générale des salaires,
  • Mise en place des délégués ouvriers
  • Loi sur les 40 heures de travail hebdomadaire, sans diminution de salaire,
  • Congés Payés de Deux Semaines
  • Conventions Collectives

Cette victoire crée également les conditions d'un essor culturel ; sous la conduite du ministre de la culture Léo Lagrange, création des auberges de jeunesses, dynamique autour du plaisir des vacances et du temps libre, découvert par une grande partie des travailleurs à l'occasion des premiers congés payés.

Mais le patronat veut sa revanche, son syndicat se rebatise (CGPF), les responsables du patronat signataires des accords de Matignon son limogés, les nouveaux responsables orientent l'organisation patronale vers l'affrontement de classes et son tristement célèbre , "mieux vaut Hitler que le Front Populaire".

Le Front Populaire se lézarde lors de la Guerre d'Espagne, où les fascistes amenés par Franco declanchent une guerre civile pour reprendre le pouvoir à la république espagnole, démocratiquement élue, et elle aussi de "Frente Popular". Léon Blum cédant aux pressions de la droite, des centristes et des autres pays européens, refuse d'aider la république espagnole (politique de non-intervention) . Des travailleurs français iront toutefois combattre aux coté des républicains espagnols, au sein des "Brigades Internationales".

Le Front Populaire se désagrège lorsque Léon Blum annonce "la Pause" dans les réformes économiques. Acculé par les oppositions politiques, il démissionne en juin 1937.

Le Front Populaire reste toutefois ancré dans la mémoire collective comme un formidable mouvement populaire de masse, où la classe ouvrière unie a été capable d'organiser une lutte suivie et exemplaire, afin d'imposer les Congés Payés et un certain nombre d'acquis. Ces grèves et ces acquis entraînent un fort courant d’adhésions au syndicalisme qui profite essentiellement au courant révolutionnaire(ex CGT.U) de la C.G.T. . De 785 000 adhérents en 1936 (total de deux organisations qui ont fusionné), à près de 5 millions en 1937 .

Alors que le Front Populaire se termine, et que les tensions internationales deviennent de plus en plus inquiétantes, au sein de la CGT les tensions entre les différentes tendances ont repris. Une minorité regroupée autour de la tendance "Syndicat" de René Belin, exacerbe de violentes attaques contre les unitaires (ex CGT.U) notamment lors du congrés de Nantes en septembre 1938.

Le 30 novembre 1938, les accords de Munich voient le gouvernement français apporter sa caution au visées hitlériennes en Europe. La bourgeoisie française, aidé par le fatalisme d'une grande partie de l'opinion publique, a les mains libres pour déclancher une véritable guerre sociale au peuple français : les acquis de 1936 sont annulés, des milliers de dirigeants syndicaux sont licenciés ( 25 000 licenciements et des centaines de poursuites judiciaires), restriction du droit de grève, etc...

En Espagne Franco gagne la guerre, des milliers de républicains espagnols fuient vers la France. L'Allemagne nazie poursuit son expension militaire avec l'Italie de Mussolini. En France c'est la fin du Front Populaire, et les peuples d'Europe s'apprêtent à vivre une longue période sombre.

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